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Sur les sentiers du thé : voyage au cœur du Biluochun de Dongting

Au cœur de l’été, les montagnes occidentales du lac Tai dévoilent un ciel clair, une brise légère et des reflets scintillants sur l’eau. Guidé par une douce senteur de thé, je me lance dans un voyage à la rencontre du Biluochun, ce thé légendaire enraciné dans les terres de Dongting. La route de montagne, sinueuse et bordée de végétation luxuriante, serpente entre montagnes lointaines et eaux proches, entre vergers et plantations de thé, comme si l’on entrait dans une peinture à l’encre vivante.

Ce jour-là, j’ai l’honneur de rencontrer Maître Zhou Yongming, grand maître de la fabrication artisanale du Biluochun de Dongting et porteur du patrimoine culturel immatériel national. Devant la fabrique de thé, au bord du lac Tai, il m’accueille avec un sourire chaleureux, dans une brise caressante.

Départ du voyage : Une plantation écologique où théiers et fruitiers cohabitent

À l’approche de la plantation, ce ne sont pas de simples rangées de théiers qui apparaissent, mais un paysage harmonieux de théiers entrelacés de mandariniers, de pruniers et d’autres arbres fruitiers. Les ombrages se mêlent, les oiseaux chantent, les insectes bourdonnent — un tableau vivant d’équilibre écologique.

Maître Zhou m’explique: « Ici, nous avons toujours conservé la tradition de cultiver le thé en intercalant des arbres fruitiers. Ce n’est pas seulement une sagesse ancestrale, c’est aussi une garantie essentielle de la qualité du Biluochun. Les fruitiers apportent leurs parfums et régulent le microclimat, ce qui rehausse naturellement les arômes et la saveur du thé, tout en réduisant les maladies et les insectes. Ce système agricole naturel est stable, écologique et donne un thé plus pur, plus doux. »

Une vie liée au thé : D’un jeune montagnard à maître du thé

Debout au bord de la plantation, Maître Zhou me raconte son histoire, avec un ton empreint de chaleur et de fierté.

« Je suis né sur l’île de Xishan, et dès l’adolescence, je suivais mes parents pour cueillir et préparer le thé. À cette époque, le thé pouvait être échangé contre du riz ou de l’huile — c’était notre gagne-pain. C’est après l’instauration du système de responsabilité familiale que j’ai vraiment commencé à aimer ce métier. Je me suis dit que chaque fournée de thé que je préparais, c’était aussi un peu ma vie que je cuisinais. »

Depuis qu’il est sorti du lycée en 1974, il a consacré cinquante ans à la culture et à la fabrication du Biluochun. Il me montre un vieux théier à petites feuilles, âgé de plusieurs décennies : « Le Biluochun que nous produisons aujourd’hui provient encore de ces variétés locales traditionnelles. En 2008, j’ai investi mes propres fonds pour protéger ces arbres anciens — ce sont nos trésors vivants. »

Héritage artisanal : Le secret du “roulage en boule pour faire apparaître les pointes blanches”

À l’intérieur de la fabrique, Maître Zhou me fait une démonstration minutieuse des étapes de fabrication traditionnelle du Biluochun.

« Le Biluochun est plus complexe à produire que les autres thés verts. La plus particulière, c’est cette étape : cuo tuan xian hao — rouler en boule pour faire apparaître les bourgeons blancs. C’est une question de rythme et de température. Une mauvaise manipulation, et le thé se casse, les arômes s’évaporent. »

Il poursuit :
« L’apparition des pointes blanches est obtenue uniquement grâce à cette étape. Un bon Biluochun a des bourgeons fins, une couleur vert argenté, des feuilles en spirale, une infusion limpide et claire, avec un parfum délicat de fleurs et de fruits. C’est précisément l’effet naturel de notre plantation fruit-thé de Xishan. »

Et il ajoute en souriant :
« Ne sous-estime pas ces petits bourgeons blancs, ils valent de l’or. Si le geste est maîtrisé, le thé est riche en arômes et peut être vendu à bon prix. »

Fin de la visite : Un regard sur les montagnes et l’âme du thé

Le parfum du thé devient plus intense, le soleil décline doucement. Avant de partir, Maître Zhou m’emmène sur les hauteurs de la plantation. De là, une vue imprenable s’ouvre sur les eaux étincelantes du lac Tai, où les montagnes et les champs de thé se fondent dans une harmonie vivante.

« Le thé vit dans les montagnes, et l’homme vit dans le thé. »

À cet instant, je comprends enfin : le charme du Biluochun ne réside pas uniquement dans son parfum ou sa saveur, mais dans cette profonde connexion avec la terre, la nature et l’âme de l’artisan. Et ce jardin écologique, où théiers et fruitiers poussent ensemble, en est l’essence même.

Ce voyage à Xishan fut bien plus qu’une simple rencontre, c’était un véritable dialogue intérieur avec la nature, l’histoire et l’esprit des artisans du thé.

Xiaoxin